Atlante - Revue d'études romanes
Université de Lille

 

Revue Atlante
Appel à contribution pour le numéro 11

Coordinatrices du volume : Cathy Fourez (Université de Lille / cathy.fourez@univ-lille3.fr) et Marie-Agnès Palaisi (Université Toulouse 2-Jean Jaurès / ma.palaisi@univ-tlse2.fr)

Vos propositions d’article à cathy.fourez@univ-lille.fr et ma.palaisi@univ-tlse2.fr  avant le 15 septembre prochain.
(Publication : Automne 2019)

RESTAURER LE VIVANT :
QUAND L’ÉCRITURE DÉFIE LA VIOLENCE EN AMÉRIQUE LATINE 

Dans une actualité mondiale où les enjeux économiques et une méritocratie basée sur le cumul de l’argent, de l’espace et du pouvoir ont supplanté le respect de toute existence ainsi que le droit, pour hommes et femmes du XXIe siècle, de vivre dignement et décemment, les relations humaines se sont fortement détériorées. Cette détérioration, résultante, à l’échelle internationale, non seulement de la fragilité du marché de l’emploi qui peine désormais à garantir stabilité financière et épanouissement personnel, mais aussi de l’accroissement du capital comme valeur et projet de vie, n’a fait qu’augmenter, ces derniers temps, les inégalités sociales, raciales et sexuelles notamment en Amérique Latine, sous le patron de multiples formes de violences, souvent mises sous silence par l’ignorance, la peur et l’impunité, qui constituent également des pratiques de l’exercice même de la violence. L’Amérique Latine, qui est à la fois et paradoxalement, en proie au néolibéralisme effréné et berceau de solides foyers de résistance face au tout-marchand, est une aire culturelle où semblent être condensés tous les enjeux de la globalisation.

Des voix – que l’on pourrait qualifier de courageuses, car penser et dire dans certaines parties des Amériques équivaut à surexposer son corps et celui des siens à de terribles représailles – s’élèvent pour dénoncer ces nouveaux rouages de domination, discrimination, humiliation et éradication. Parmi ces voix locales formées par l’enquête de terrain, perméables à l’expérience d’un présent brutal où plus personne n’est intouchable et confrontées au défi de réinventer leur pays saturé de réalités sinistres, quelques-unes parviennent, au cœur d’enjeux commerciaux qui décident de ce qui doit être lu, vu ou regardé, à se rendre audibles hors de leurs frontières, tandis que la majorité d’entre elles ont peu d’écho alors que leurs narrations questionnent et renouvellent les regards que la pensée occidentale, souvent ethnocentriste, porte sur les violences qui gangrènent l’Amérique Latine. Ainsi, l’imaginaire, en particulier, de bon nombre de ses écrivains d’aujourd’hui ne peut faire abstraction de cette expansion de casse humaine qui leur revient d’observer, voire de côtoyer. Ces écrivains se servent de leur matière créatrice pour interroger la mise en mots et la mise en narration de l’inhumanité qui alimente le quotidien, pour interroger les comportements déviants de l’être humain ainsi que la brutalité des sociétés contemporaines, pour réfléchir au rôle de la production littéraire dans une société où les politiques font parfois preuve de cynisme face aux impératifs économiques. Mais leur imaginaire n’est pas qu’un observatoire, n’est pas qu’une re-lecture d’une humanité en faillite, il cherche aussi à créer des espaces d’écoute, de consolation et de réparation qui passent par le décentrement des récits hégémoniques tant sur le plan formel que thématique, par la réappropriation des discours dominants du penser et du faire depuis le corps et ses performances, par de nouvelles voies de diffusion et de vulgarisation de toute une production littéraire – du récit romancé au roman graphique en passant par la chronique et l’autofiction –hors des globalisantes industries culturelles. Dans tant de dystopies, il faut réapprendre à rêver non pas les utopies mais la reconstruction de formes de vies décentes libres de toute violence.

C’est dans ce contexte que le numéro intitulé « Restaurer le vivant : quand l’écriture défie la violence en Amérique Latine » souhaite analyser les discours de dénonciation de violences fabriquées par la globalisation économique et la libéralisation du capital, et reproduites, consommées à une échelle plus locale, ainsi ceux qui cherchent à corriger ce réel de déshumanisation. Car l’Amérique Latine est aussi une aire où la littérature est devenue ou redevenue une arme : « la imaginación es la subversión » dit Cristina Rivera Garza. Face à un système sociopolitique corrompu, la subversion est porteuse d’espoir et de renouveau. Ce sont donc à ces textes en lutte que nous nous intéresserons.

Axes de réflexion :

1) Les manifestations et les causes de la violence (naturelle ? historique ? institutionnelle ?...)

2) Articulations entre néolibéralisme, politiques autoritaristes et violence

3) L’alliance entre les intellectuels, les écrivains et le peuple ; les réponses qu’ils apportent. L’art peut-il contribuer à corriger un réel insoutenable ? Peut-il conduire à la construction de politiques de bien-être ?

4) Les représentations de la violence (économique, sociale, religieuse, écocidaire) : y-a-t-il des « genres de la violence » ? Où et comment se mettent-elles en place ?

5) Comment rendre visibles dignement, humainement victimes et victimaires ? Ce « statut » juridique n’est-il pas « genré » dans certaines pratiques de la violence ? La distinction « victime » / « victimaire » n’est-elle pas ambigüe dans certains types de violence ?

6)  Comment les politiques du genre analysent cette situation ? Quels rapports y-a-t-il entre la féminisation de la pauvreté, le féminicide, la croissance de l’émigration des femmes, l’institutionnalisation de la violence et la globalisation de l’économie ?

Ces axes seront à interroger à travers la poésie, le témoignage, l’essai, le roman, le roman graphique, la cyberlittérature, le récit de vie, la chronique...

Bibliographie :

Agamben, Georgio, 1998, Homo sacer, T.1, Paris, Seuil.
Braidotti, Rosi, 2000, Sujetos nómades, Buenos Aires, Paidós Ibérica.
Butler, Judith, 2006, Vida Precaria. El poder del duelo y la violencia, Paidós, Buenos Aires.
Foucault, Michel, 1994, Dits et écrits, T.3, Paris, Gallimard.
González Rodríguez, Sergio, 2014, Campo de guerra, Barcelona, Anagrama.
Août 2015, « Dire la violence extrême au Mexique », in Le monde diplomatique, pp. 8-9. 

Mbembe, Achille, « Necropolitics »(translated by Libby Meintjes), Public Culture 15/1 (2003), pp. 11–40.
2001, On the Postcolony, Berkeley, University of California Press.
2011, Necropolítica (traducción y edición a cargo de Elisabeth Falomir Archambault), Barcelona, Melusina.

Rivera Garza, Cristina, 2011, Dolerse. Textos de un país herido,  México, Sur ediciones.
2013, Los muertos indóciles, México, Tusquets.

 

Calendrier :

1. Date de remise des propositions jusqu’au samedi 15 septembre 2018. La forme demandée est la suivante : un titre et un résumé de 3000 signes (500 mots), 5 mots clés et 5 références bibliographiques, le nom et prénom de l’auteur ainsi que son institution de rattachement

2. Réponse des coordinatrices : le lundi 8 octobre 2018

3. Remise de la première version de l’article : le mardi 15 janvier 2019

4. Retour des évaluations : le vendredi 15 mars 2019

5. Remise de la version définitive de l’article : le samedi 15 juin 2019

6. Publication de la revue : automne 2019

 

Procédure de soumission :

Après acceptation d’une proposition d’article par le coordinateur d’un numéro, les contributions sont à envoyer au coordinateur et aux rédacteurs en chef atlante.secretariat@gmail.com. Accompagnées de maximum dix mots-clés et d’un résumé de mille signes espaces comprises, elles doivent respecter les normes de présentation. Dans un délai de deux mois elles sont soumises à expertise par des scientifiques désignés par le comité de rédaction et le conseil scientifique. En cas de refus de publication, les rapports d’expertise seront transmis aux auteurs.Les images doivent être fournies en format .jpeg, .tiff ou .png et doivent être d’une résolution minimale de 1500 x 1500 pixels. L’obtention des droits de publication incombe aux auteurs.

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